Après douze semaines, les participants qui recevaient l’extrait de curcuma étudié par Wang et ses collègues avaient, en moyenne, moins mal au genou que ceux sous placebo. L’écart est d’environ 9 points sur une échelle de douleur de 0 à 100. Publié en 2020, cet essai permet de regarder de près ce que ce résultat recouvre, et ce qu’il laisse encore ouvert. [1]
Dans cet article
Un extrait précis, testé pendant douze semaines
L’essai CurKOA a été mené en Tasmanie chez 70 personnes présentant une arthrose douloureuse du genou, avec un épanchement-synovite repéré à l’échographie. Pendant douze semaines, 36 participants reçoivent l’extrait de curcuma et 34 un placebo. [1]
L’épanchement désigne un excès de liquide dans l’articulation ; la synovite, une inflammation de la membrane qui en tapisse l’intérieur. Les chercheurs suivent la douleur ressentie et observent l’articulation par IRM, l’imagerie par résonance magnétique. Ces deux mesures peuvent évoluer différemment.
La répartition est randomisée : les groupes sont constitués par tirage au sort. Le double aveugle signifie que les participants et les évaluateurs ne savent pas qui reçoit l’extrait. Le placebo lui ressemble, sans contenir la préparation étudiée. Ces précautions limitent l’influence des attentes sur les réponses et leur évaluation.
Quel curcuma, et en quelle quantité ? Le protocole utilise deux gélules de 500 mg par jour, soit 1 000 mg d’un extrait associant 80 % de fraction aqueuse standardisée en turmérosaccharides et 20 % de curcuminoïdes. [2] « Aqueuse » signifie extraite avec de l’eau ; les turmérosaccharides sont des composés glucidiques du curcuma. Les curcuminoïdes forment une famille de substances dont fait partie la curcumine, son pigment jaune. La poudre utilisée en cuisine et les extraits concentrés ont des compositions différentes. [6]
Un extrait standardisé contient une teneur définie de certains constituants. Cette précision est essentielle pour lire l’essai : 1 000 mg d’extrait ne correspondent pas à 1 000 mg de curcumine. La dose décrit ce qui a été testé ; ce n’est pas une recommandation de prise individuelle.
La douleur baisse davantage avec l’extrait
La douleur est mesurée sur une échelle visuelle analogique, ou EVA, appelée VAS dans l’article anglais. Le participant place un repère sur une ligne de 100 mm, de l’absence de douleur à la douleur maximale. Une baisse de 10 mm correspond donc à 10 points de moins sur 100.
La douleur baisse en moyenne de 23,8 points avec l’extrait et de 14,6 points avec le placebo. En soustrayant ces deux baisses, on obtient un avantage estimé à 9,1 points sur 100 pour l’extrait. Sur le graphique, chaque barre représente le changement depuis le début de l’étude : plus elle est longue, plus la baisse de douleur est importante. [1] [2]
Le groupe placebo s’améliore lui aussi. Cette évolution peut tenir au temps, aux attentes ou au suivi reçu pendant l’étude. La comparaison entre les groupes permet d’en tenir compte. L’écart observé est statistiquement significatif, mais l’intervalle de confiance reste large : l’avantage réel pourrait être très faible ou plus marqué. Une moyenne ne permet pas non plus de prévoir la réponse d’une personne donnée. [5]
Un second questionnaire va dans le même sens. Le WOMAC, pour Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index, évalue la douleur, la raideur et les difficultés fonctionnelles liées à l’arthrose. [3] Dans cet essai, sa partie consacrée à la douleur favorise également l’extrait. En revanche, aucune amélioration n’est démontrée sur le volume d’épanchement-synovite ni sur la mesure de composition du cartilage à l’IRM. [1]
Consulter les chiffres détaillés et les repères statistiques
Le tableau détaille les écarts entre les changements observés dans les deux groupes. Pour la douleur, le signe négatif indique une baisse plus forte avec l’extrait. [1]
| Mesure | Différence moyenne | IC à 95 % |
|---|---|---|
| Douleur EVA, sur 100 mm | -9,1 mm | -17,8 à -0,4 mm |
| Volume d’épanchement-synovite | +3,2 mL | -0,3 à +6,8 mL |
| Cartilage : temps de relaxation T2 | -0,4 ms | -1,1 à +0,3 ms |
L’intervalle de confiance à 95 %, ou IC, renseigne sur la précision de l’estimation. Un intervalle large traduit davantage d’incertitude. Lorsqu’il inclut zéro, les données restent compatibles avec l’absence de différence entre les groupes. Il ne décrit pas les réponses individuelles. [5]
Pour la douleur EVA, p = 0,039. Cette valeur passe le seuil conventionnel de 0,05 ; elle n’indique ni la probabilité d’être soulagé ni l’importance du changement au quotidien. [1] [4]
Le temps de relaxation T2 est un paramètre du signal IRM utilisé pour étudier la composition du cartilage. Il est exprimé en millisecondes : ce n’est pas une mesure de quantité de cartilage « reconstruit ».
Un résultat encourageant sur les symptômes
Cet essai apporte un résultat clinique favorable sur la douleur. Il donne matière à poursuivre l’évaluation de cet extrait et de sa place éventuelle dans une prise en charge. Les mesures d’IRM ne montrent toutefois ni ralentissement de la maladie ni réparation du cartilage. La conclusion concerne la préparation testée, avec sa composition et sa dose. [1]
Avec 70 participants suivis douze semaines, on manque de recul pour juger la durée du bénéfice. L’étude a été financée par l’Université de Tasmanie et Natural Remedies Private Limited. [1] Il est donc utile de confronter ses résultats à ceux d’autres équipes. Le NCCIH constate des premiers résultats positifs sur les symptômes du genou, mais souligne les différences entre préparations et le besoin de données de meilleure qualité. [6]
La tolérance fait partie du choix de l’extrait. Les événements indésirables ne diffèrent pas significativement entre les groupes dans cet essai. [1] Un petit essai ne permet toutefois pas de repérer tous les risques rares. L’Anses rapporte notamment des atteintes hépatiques associées à des compléments au curcuma, appelle à la vigilance avec les formes qui augmentent l’absorption et déconseille leur consommation en cas de maladie des voies biliaires. En présence d’un traitement médicamenteux, un avis médical ou pharmaceutique est nécessaire pour examiner les interactions possibles. [7]
Ce que nous retenons
L’essai de Wang donne une raison concrète de s’intéresser au curcuma : un avantage sur la douleur a été mesuré face à un placebo. Il rappelle aussi combien le choix de l’extrait compte. La composition testée est précisément décrite ; on ne peut pas attendre le même résultat de toute poudre ou gélule portant le nom « curcuma ».
Cette distinction guide la lecture des études avant de choisir un ingrédient. Nous regardons la nature de l’extrait, sa teneur en constituants, la quantité administrée et les données de tolérance. La biodisponibilité désigne la part d’une substance qui devient disponible dans l’organisme. Une absorption plus élevée peut modifier les effets, mais aussi les précautions d’emploi. [6] [7]
Pour un complément alimentaire, ces détails doivent pouvoir se retrouver dans la description de la formule. Ils permettent de comprendre le choix d’un extrait et de le comparer aux préparations étudiées, sans confondre une publication sur un ingrédient avec une preuve d’efficacité du produit fini.
Sources
- Wang Z, Jones G, Winzenberg T et coll. Effectiveness of Curcuma longa Extract for the Treatment of Symptoms and Effusion-Synovitis of Knee Osteoarthritis: A Randomized Trial. Annals of Internal Medicine. 2020;173:861-869. DOI : 10.7326/M20-0990. Résumé publié sur PubMed.
- Wang Z et coll. A randomised placebo-controlled clinical trial of curcuma longa extract for treating symptoms and effusion-synovitis of knee osteoarthritis. Osteoarthritis and Cartilage. 2020;28, supplément 1:S489. Communication des auteurs : protocole et variations de douleur par groupe. Il s’agit du même essai, pas d’une étude supplémentaire.
- Bellamy N. Présentation officielle de l’indice WOMAC.
- NCCIH, National Institutes of Health. Lire les résultats d’un article scientifique : significativité et intérêt clinique.
- Cochrane Handbook, chapitre 15. Interpréter les résultats, leur précision et leur portée.
- NCCIH, National Institutes of Health. Turmeric: Usefulness and Safety. Composition, diversité des formulations et état des connaissances.
- Anses. Curcuma ou curcumine dans les compléments alimentaires : des cas d’effets indésirables hépatiques. Vigil’Anses, n° 17, juin 2022. Bulletin de nutrivigilance. Voir également les recommandations de l’Anses pour les compléments à base de plantes, rubrique Curcuma longa, p. 143, sur la biodisponibilité et les interactions.
Mis à jour le 6 octobre 2026 par l’équipe éditoriale BioRegen. Lecture du résumé publié de l’essai et de la communication scientifique de ses auteurs, complétée par les références ci-dessus. Graphique réalisé à partir des données rapportées.